L’URPS Infirmiers Océan Indien a mené en 2024 une enquête auprès des infirmières et infirmiers libéraux de La Réunion afin de mieux comprendre leur rôle dans la prise en charge des personnes vivant avec des troubles psychiques, les difficultés rencontrées sur le terrain et les besoins d’accompagnement exprimés par la profession.
Les résultats confirment une réalité souvent méconnue : les infirmiers libéraux sont des acteurs majeurs du parcours de soins en santé mentale et interviennent quotidiennement auprès de patients atteints de troubles psychiques sur l’ensemble du territoire réunionnais.
Une profession expérimentée et fortement impliquée
L’enquête montre que :
- 88 % des répondants ont plus de 10 ans d’expérience professionnelle ;
- 99 % prennent régulièrement en charge des patients atteints de troubles psychiques ;
- les infirmiers libéraux interviennent dans toutes les microrégions de La Réunion, y compris dans les secteurs où l’accès aux structures spécialisées peut être plus complexe.
Les pathologies les plus fréquemment rencontrées sont notamment :
- la schizophrénie ;
- les troubles géronto-psychiatriques ;
- la dépression ;
- les troubles bipolaires.
Ces résultats illustrent la place essentielle des IDEL dans le maintien à domicile, l’observance des traitements, la surveillance clinique et la prévention des ruptures de parcours.
Des professionnels engagés mais parfois en difficulté
Si les infirmiers libéraux assurent massivement ces prises en charge, l’enquête met également en lumière certaines fragilités.
Seul un quart des répondants se déclare totalement à l’aise dans la prise en charge de patients atteints de troubles psychiques, tandis que trois infirmiers sur quatre expriment un besoin de soutien, d’accompagnement ou de renforcement de leurs compétences.
Parmi les principales difficultés identifiées figurent :
- les pathologies insuffisamment équilibrées ;
- le manque de temps ;
- le sentiment d’isolement professionnel ;
- le manque de formation spécifique ;
- la crainte de situations d’agressivité ou de violence ;
- une valorisation financière jugée insuffisante de ces prises en charge.
Ces constats rejoignent les problématiques fréquemment rapportées par les professionnels concernant l’isolement, les difficultés de coordination et la gestion des situations de crise à domicile.
Un impact direct sur la continuité des soins
L’un des enseignements marquants de l’enquête est que les difficultés rencontrées peuvent avoir des conséquences sur la continuité des prises en charge.
Face à certaines situations particulièrement complexes, près d’un infirmier sur deux déclare avoir déjà arrêté une prise en charge ou passé le relais à un autre professionnel ou cabinet.
Cette réalité interroge les moyens disponibles pour soutenir les infirmiers libéraux confrontés à des situations parfois lourdes sur le plan clinique, social ou sécuritaire.
Les infirmiers libéraux : des sentinelles de la santé mentale
Au-delà des soins techniques, les IDEL occupent une position privilégiée pour :
- repérer précocement des troubles psychiques ;
- identifier des situations de décompensation ;
- soutenir les aidants ;
- prévenir les hospitalisations évitables ;
- maintenir le lien avec les autres acteurs du parcours de soins.
L’enquête rappelle ainsi le rôle de sentinelle de proximité joué par les infirmiers libéraux dans le champ de la santé mentale, un rôle particulièrement précieux dans un contexte où les besoins augmentent et où les ressources spécialisées restent parfois insuffisantes.
Des perspectives pour renforcer l’accompagnement des IDEL
Les résultats de cette étude alimentent aujourd’hui les réflexions de l’URPS Infirmiers Océan Indien autour de plusieurs axes :
- développement de formations spécifiques en santé mentale ;
- amélioration de la coordination entre les IDEL et les structures psychiatriques ;
- renforcement de l’accompagnement des professionnels confrontés à des situations complexes ;
- valorisation du rôle des infirmiers libéraux dans les politiques publiques de santé mentale ;
- expérimentation de dispositifs innovants de repérage précoce des troubles psychiques.
Cette enquête s’inscrit notamment dans la continuité des travaux engagés par l’URPS autour du projet de repérage précoce des troubles psychiques et du risque suicidaire par les infirmiers libéraux à domicile.



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